Le siège de la BCE à Francfort
La projet de la Banque centrale européenne (BCE) visant à relever le ratio de réserves obligatoires imposé aux banques commerciales pourrait nuire à la crédibilité de ses futures opérations, voire empiéter sur la politique budgétaire des Etats, a déclaré jeudi Pierre Wunsch, membre du Conseil des gouverneurs de l'institution de Francfort et gouverneur de la Banque nationale de Belgique.
Les responsables de la BCE débattent actuellement de l'opportunité d'exiger des banques qu'elles détiennent une plus grande partie de leurs excédents de liquidités sur un compte non rémunéré, d'une part pour réduire les pertes financières de la BCE elle-même et, d'autre part, pour resserrer les conditions de financement dans un contexte de forte inflation.
"Des 'discussions sont en cours' concernant l'application d'un ratio de réserves obligatoires plus élevé – le ratio MRR – tout en conservant bien sûr les réserves obligatoires non rémunérées", a déclaré Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, lors d'une conférence à Bruxelles.
"Honnêtement, le raisonnement n'est pas très clair, ni convaincant, à mes yeux", a-t-il ajouté.
La BCE a créé des milliers de milliards d'euros de liquidités excédentaires via des achats d'obligations au cours de la décennie précédant la pandémie de COVID-19, lorsque que ses taux directeurs étaient proches de zéro, voire négatifs. Elle doit désormais verser des intérêts élevés aux banques commerciales lorsque celles-ci déposent ces liquidités dans ses comptes.
Cela a entraîné une hausse des pertes financières de la BCE, notamment au sein de la Bundesbank allemande, qui a cessé de verser des dividendes au budget de l'Etat et pourrait ne plus disposer des liquidités nécessaires pour verser de tels dividendes avant la prochaine décennie.
"Si l'objectif est de limiter nos pertes, le ratio MRR deviendra un instrument quasi-budgétaire", a déclaré Pierre Wunsch. "Or, la politique budgétaire n'est généralement pas un rôle attribué à la banque centrale", a-t-il souligné.
Pierre Wunsch a ajouté que si les banques étaient désormais davantage imposées sur ces revenus, elles pourraient se montrer réticentes à participer à un futur programme d'achat d'obligations, ce qui risquerait alors de nuire à la crédibilité d'une opération menée par la BCE.
Les réserves obligatoires sont devenues un sujet d'inquiétude depuis le début de l'année, alors que la BCE a recommencé à relever ses taux directeurs pour lutter contre une inflation élevée. Cela a également entraîné une hausse des charges d'intérêts des banques centrales nationales, car il reste encore plus de 2.100 milliards d'euros de liquidités excédentaires dans le système financier.
(Rédigé par Balazs Koranyi; version française Claude Chendjou)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer